posted by on Dieu et Internet : pour aller plus loin

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Interview avec Patrice de Plunkett, journaliste-essayiste qui a ouvert son blog en 2005.

L’interview bonus promis aux lecteurs du livre Dieu et Internet à la question n°33 (« Comment évangéliser avec un blog ? ») 

Pourquoi avez-vous ouvert ce blog ? Pour faire connaître les véritables positions de Benoît XVI, pris à tort pour un passéiste… En quelques semaines, le blog est devenu un lieu d’échanges tous azimuts, et je me suis pris au jeu.

Qu’est-ce que cela vous apporte ? De ma part, un exercice salubre : actualiser, vérifier, modifier constamment les positions, en écho à l’actualité. De la part des lecteurs-commentateurs : au fil des années s’est condensée autour de ce blog une nébuleuse de non-conformistes. Souvent très bien informés (par métier), ils complètent ou rectifient mes points de vue. Certains sont des journalistes. Beaucoup sont des professeurs de l’enseignement public. Sur le terrain religieux en particulier, ils soulèvent les problèmes les plus divers, dans des perspectives contradictoires, avec une liberté totale : c’est un blog catholique où des anti-cathos résolus et des cathos convaincus peuvent discuter intelligemment et en se respectant. J’espérais parvenir à ce résultat en lançant ce blog, et ça s’est profilé assez vite.

A quel rythme bloguez-vous ? Tous les jours, au rythme de plusieurs notes par jour et en mettant constamment en ligne les commentaires. (Je ne publie que ceux qui font avancer les débats ; pas les insultes ni les slogans).

Comment peut-on annoncer l’Evangile avec un blog ? En le connectant à la vie actuelle ! Par exemple l’Evangile d’aujourd’hui 4ème dimanche de Carême, Jean 9, 1-41… Cette histoire d’aveugle-né guéri par Jésus, mais exclu par les pharisiens, quelle leçon nous donne-t-elle ? De quoi Jésus nous libère-t-il ? Quelles attitudes pseudo-religieuses (politico-religieuses) combat-il ? Comment ne pas rééditer aujourd’hui ces attitudes-là ? Etc. Je suis frappé de voir comment les lecteurs réagissent à ce genre de sujets, racontent librement leurs expériences, leurs blessures, leurs ressentiments, et en discutent entre eux. C’est ce qui me fait le plus plaisir, et ça ne se passerait pas si je faisais un blog sectaire. Je suis heureux quand je vois un lecteur, qui était meurtri par quelque chose dans sa vie personnelle, finir – après une série d’échanges – par remercier les autres lecteurs d’avoir fait attention à ce qu’il écrivait et de l’avoir aidé à surmonter son problème.

Quels sont vos sujets de prédilection ? C’est un blog de journaliste : on parle de tout ! L’actualité commande. A l’heure où je vous réponds c’est le Proche-Orient, les révolutions arabes, la guerre de Libye. Souvent ce sont aussi les alertes de l’environnement. A propos de Fukushima, mon blog a été l’un des premiers à mettre en cause la firme Tepco, exemple dramatique de la rentabilité à court terme au détriment de la sécurité : le vice du système économique global où tout est sacrifié au profit des actionnaires, système que Benoît XVI dénonçait avec force dans Caritas in veritate !

Un de mes sujets « de prédilection » est la pensée sociale de l’Eglise catholique, prise intégralement, sans la châtrer pour faire croire qu’elle coïncide avec le libéralisme (ce qui est loin d’être le cas). Dans le même ordre d’idées, mon blog insiste sur l’écologie, dans le sillage de Jean-Paul II et de Benoît XVI – et malgré l’inexplicable « écolophobie » d’un courant des milieux cathos français déphasé par rapport à la pensée de l’Eglise.

J’ai été le seul à révéler la lettre de Joseph Ratzinger à la revue L’Ecologiste. Je dois être l’un des rares à avoir applaudi (ou même mentionné !) le document de la CEF Grandir avec la crise, qui parle de toutes ces questions avec vigueur.

Quels sont les articles qui intéressent le plus les internautes ? Très variable. Ca dépend de l’actualité. Les lecteurs de mon blog ne sont pas un parti ou une « sensibilité », ils viennent de tous les horizons : même si nombre d’entre eux sont des profs, leurs pôles d’intérêt sont ceux de M. Tout-le-monde. Quand le christianisme est mis en cause, ils réagissent non comme des partisans irrités mais comme des gens soucieux de faire le tour du problème chaque fois.

Quels contacts avez-vous avec vos internautes, et comment pouvez-vous en profiter pour témoigner de votre foi, faire avancer le règne de Dieu ? Une partie de la réponse est déjà donnée ci-dessus, à la question 4. Je peux ajouter que lorsqu’un commentaire demande « prouvez-moi la résurrection du Christ et je croirai », le blogueur se sent écrasé par sa responsabilité : la résurrection du Christ ne peut pas être « prouvée », mais la question ne peut être laissée sans réponse ! Autre exemple : le long échange de mails très argumentés, d’abord à deux, puis à trois, à cinq, etc, avec un intervenant qui accusait l’Eglise d’avoir une responsabilité dans les violences du monde actuel parce qu’elle ne rejetait pas les récits de violence contenus dans l’Ancien Testament ! Je peux vous dire qu’en lisant certains messages de contribution à ce débat, j’ai fait des progrès en exégèse !

Votre blog prêche aussi l’anti-ultralibéralisme, parle d’écologie et de doctrine sociale : en quoi cela peut-il aider l’évangélisation de notre société ? Mon blog ne « prêche » pas ces choses, parce qu’elles ne sont pas du domaine de la Révélation ! Mais elles font partie du champ de responsabilité des croyants. Le désastre économique et écologique dans le monde a des causes identifiables, et modifier ces causes est un devoir pour nous chrétiens… La pensée sociale catholique est claire sur nos responsabilités, même si cette clarté est ignorée par ceux qui restent accrochés aux slogans libéraux des années 1990. Ces slogans ont engendré un système économique dont l’échec fait des victimes par millions. Elles écouteront le témoignage évangélique de ceux qui partagent ou comprennent leur souffrance, au lieu de la considérer comme une variable d’ajustement… Beaucoup de gens viennent sur mon blog parce qu’ils y ont découvert, par hasard, que les catholiques ne sont pas forcément aveugles aux réalités des souffrances sociales.

Comment un chrétien peut-il parler de politique sur son blog ? En se souvenant que le politique selon l’Evangile, c’est le service du bien commun – et non le militantisme partisan. Qui frappe par l’épée périra par l’épée : qui mélange le catholicisme avec tel ou tel parti ou faction politique, fera périr le témoignage évangélique. Un catholique ne peut être partisan (« la gauche, beurk », ou « je hais la droite ») : en effet il n’y a aucun « bon » ou « mauvais » parti, puisque dans chaque parti il y a des éléments de programme qui sont catho-compatibles et d’autres qui ne le sont pas.Un catholique digne de ce nom ne peut pas être un partisan, ou alors il est moralement hémiplégique. Je parle de politique dans mon blog : mais en solo, à titre personnel, sous l’angle du bien commun, et ce n’est jamais de la politique de parti.

Je dois dire que trente ans de journalisme ont fait de moi un sceptique dans ce domaine. Les bons sentiments et la candeur individuelle ne peuvent pas « faire avancer les choses » dans un système comme le nôtre. Les énergies et l’argent gaspillés par des cathos dans des mini-aventures électorales (vouées à passer inaperçues) sont autant de perdu pour la nouvelle évangélisation. Pour ne rien dire des « grands partis », où le croyant est prié de se taire…

Ce blog sans prétention me coûte très peu cher, et nous pouvons aller au fond des choses, dans la mesure de nos moyens !

Le blog de Patrice de Plunkett : plunkett.hautetfort.com

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  1. lucccio

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  1. Revue de Presse : Avent, environnement, blogs, papamobile… « Lemessin
    [...] du livre du père Gaignet. Cette semaine, c’est Jean-Baptiste Maillard qui nous propose une interview de Patrice de Plunkett ...

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